La Trinité Céleste

Le ciel du Kendwar,comme du monde entier, est illuminé par un astre visible à toute heure de la journée, immobile : l’Étoile Écarlate. Observant la course effrénée de la lune et du soleil, elle sert régulièrement de point de repère aux voyageurs perdus et aux marchands itinérants, indiquant l’Est.

Plusieurs légendes, issues du Kendwar comme des autres continents du monde, ont pour objet l’Étoile Écarlate, et parfois également le soleil et la lune; c’est pourquoi la plupart des mythes les regroupe sous le nom de Trinité Céleste.

Dans les terres de l’Est, on se raconte la légende du Guerrier Errant. On raconte qu’un guerrier sans attache parcourait les grandes plaines, secourant ceux qui en avaient besoin, rendant service pour le gîte et le couvert. Un jour, il fut confronté à la brutalité exercée par les soldats d’un petit seigneur local. Malgré la présence de cinq adversaires, le combat fut de courte durée. Quatre tombèrent rapidement, et le cinquième fut épargné pour transmettre à son maître que le Guerrier Errant ne le laisserait pas tyranniser la population plus longtemps. Cette bravade fut le début d’une gigantesque chasse à l’homme, menée par l’armée royale elle-même. Le seigneur provoqué demanda en effet le renfort de son cousin, le roi, pour neutraliser le Guerrier Errant et conserver le contrôle de la province. Cette traque résulta en un régime incroyablement oppressif pour le petit peuple. Le Guerrier Errant envisagea un temps de se rendre, mais d’autres combattants le rejoignirent, et tous fondèrent alors une armée de libération. Celle-ci livra une guerre acharnée au roi, finissant par lui reprendre le trône.
Malheureusement, le régime du Guerrier Errant ne fut guère plus heureux. Dans son désir de bannir tout mal des terres de l’Est, lui et ses hommes durcirent tellement les règles et la sécurité que le peuple subissait une nouvelle oppression. Tout ce qui avait changé était qu’il disait agir au nom de la justice.
Jusqu’au jour où on lui signala un complot contre lui. On lui disait que l’un des villageois tentait de retourner la population contre son règne. La sentence fut froidement prononcée : la mort pour les traîtres. L’exécution fut promptement programmée, et le nouveau roi se déplaça en personne. Il vit alors le traître : un enfant, 12 ans tout au plus, la tête penchée sur le billot. Il resta sans voix devant l’image de cette tête juvénile séparée du reste de son corps par un coup net…
La nuit venue, le roi fut incapable de trouver le sommeil, rongé par les remords et les questions sur son règne. Il venait d’en constater la cruauté de la plus implacable des manières. Aussi prit-il une décision radicale.
Il réunit tous ses officiers, ses vieux compagnons d’armes qui l’avaient aidé à mener la révolte, et leur offrit un choix : abandonner tout pouvoir et laisser le peuple exercer lui-même les responsabilités, ou s’acharner à le garder et à opprimer la population, et mourir de sa main.
Corrompus par le pouvoir, tous sortirent leurs armes de leurs fourreaux. Le combat fut d’une extrême violence. Était-ce la rage ? Le remords ? La volonté de rendre justice ? Impossible de dire ce qui le motivait, mais le Guerrier Errant était de retour, décidé à punir le mal, d’où qu’il vienne, y compris de lui-même…
Quand le calme se fit dans la cour du château, un seul homme était encore debout. Mortellement blessé, des larmes mêlées au sang sur ses joues, mais debout, constatant qu’il avait été le premier à trahir ses idéaux. Il ne restait plus qu’une façon d’en finir et de purger le mal des terres de l’Est… Le Guerrier Errant prit son sabre et se l’enfonça dans la poitrine, dans un ultime geste de repentir.
Les dieux, quant à eux, étaient bien embarrassés. Devaient-ils accueillir cet homme qui s’était perdu mais est mort en luttant à nouveau pour son idéal de justice, ou devaient-ils le condamner à une éternité dans les limbes au nom des crimes qu’il avait commis durant son règne ?
Une solution intermédiaire fut adoptée… On l’intégra au panthéon des légendes, auréolé d’une lumière écarlate, couvert pour l’éternité du sang qu’il avait versé, en tant que Guerrier Errant comme en tant que roi, pour que jamais les hommes n’oublient qu’en chaque héros peut se cacher un monstre, et en chaque monstre un héros…

Au Kendwar, les Maj’Karal entourent la trinité d’une toute autre légende. L’ancien roi Pilwen cherchait la source de l’immortalité. Sa grande longévité ne lui suffisait plus,il voulait vaincre la Mort elle-même. Il s’accrocha alors au fol espoir issu d’un conte que lui livra un quelconque ménestrel errant : celui de la Mort Écarlate. Ouvertement inventée, cette histoire disait que l’Étoile Écarlate était l’incarnation de la Mort et pouvait être maîtrisée au prix d’un ancien rituel. Celui qui le réussirait serait alors son maître, échappant à son sort pour l’éternité.
Bien évidemment, Pilwen ne réussit jamais le rituel. À la place de la maîtrise de la Mort, il fut marqué à vie du sceau des tabous, comme tous ceux qui tentèrent de défier la nature. Devant sa grande volonté de repentance, le ciel fit de lui son soleil, passant devant l’objet de ses désirs en permanence. La terre, quant à elle, décida que cela ne suffisait pas, et incarna la Mort dans la lune. Ainsi, pour l’éternité, Pilwen fuirait devant la Faucheuse, dans une course sans fin, sous le regard de l’Étoile Écarlate…

Pour les Humains du Kendwar, l’Étoile Écarlate était la demeure d’un antique démon prêt à détruire le monde quand le soleil et la lune auraient terminé leur course, échouant à le garder encore prisonnier. Il est difficile de dire d’où vient cette légende, personne ne disposant de plus de détails. La plupart des érudits pensent que ce n’est qu’une vague superstition née de la propension de l’Homme à se faire peur, sans aucune référence à une mythologie préexistante…

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